Histoire

Le Château de Béduer a joué un rôle dans de nombreux événements majeurs de l’histoire de France du temps des croisades et de la guerre de cent ans à la guerre de religion et la revolution. Durant la Seconde Guerre mondiale, il a été la scène d’une intrigue et de l’une des plus grandes histoires d’amour des temps modernes.

Les Barascs de Beduer

Marcillac Abbey

1000 – 1580

Béduer a fait sa première apparition authentifiée dans l’histoire en 1098, lorsque le Seigneur de Béduer, Déodat de Barasc, s’en est allé pour la première croisade.

Les Barasc de Béduer ont été l’une des familles les plus puissantes du Quercy. Ces seigneurs féodaux avaient un penchant pour s’approprier de force ce qu’ils pensaient être à eux; n’hésitant pas, par exemple, à usurper les revenus de l’église, appartenant en fait à l’Abbaye de Marcilhac. Ils régnaient sur une grande partie de la campagne environnante, avec des terres s’étendant du nord de la rivière Célé jusqu’à la rivière Lot au sud et à 40 km à l’ouest, jusqu’à Cabrerets.

Pendant la guerre de Cent Ans, le parlement de Quercy s’est réuni à trois reprises dans la Salle des Etats. C’est à cet endroit que le siège victorieux de la garnison anglaise à Saint Cirq Lapopie a été planifié, sous la direction de Déodat IV.

Déodat VIII, le dernier des Barasc, est mort en 1552 en combattant les Protestants lors des guerres de religion.

Les Lostanges

Marquis Louis de Lostanges1608 – 1886

Aprés une très courte période entre les mains des protestants, les Lostanges, une noble famille de militaires, ont acheté le château et la seigneurie de Béduer et en sont restés propriétaires jusqu’au milieu du 19e siècle. Lorqu’ils ont acquis le château en 1608, ils ont transformé la forteresse en une demeure telle qu’elle est aujourd’hui.

Au 18ème siécle, le marquis Louis de Lostanges est devenu le sénéchal du Quercy (le représentant du Roi. Juste avant la révolution, il a organisé une réunion des Etats généraux à Cahors dans une tentative de régler les différends avec les citoyens qui étaient de plus en plus agités. Il a fait des concessions avec l’accord du Roi, mais sans résultats. Néanmoins, Lostanges était une figure populaire et un propriétaire impartial. Il a réussi à conserver non seulement sa tête, mais tous ses biens après la révolution. Seule la tour a été décapitée parce qu’elle aurait pu héberger des contre-révolutionnaires. Les Lostanges ont finalement renoncé au château en 1874, l’ont loué à un ordre religieux de Villefranche et l’ont finalement vendu à la famille Colrat de l’Aveyron en 1886.

Maurice Fenaille

Maurice Fenaille1855 – 1937

Mr Colrat s’est marié avec une fille de Figeac et a acquis le plutôt délabré Château de Béduer afin qu’elle puisse vivre près de sa famille. Mais son bien-aimé Aveyron manquait à M. Colrat et il s’est souvent rendu à Faycelles afin de contempler avec envie sa patrie par-dessus la rivière Lot. Colrat a vendu le château en 1911 à son beau-fils, Maurice Fenaille. Philanthrope et amoureux des Beaux-Arts, il a renové la salle des Etats pour qu’elle retrouve sa gloire d’antan et a fourni nombre de tapisseries et meubles d’époque que l’on peut voir encore aujourd’hui. Fenaille a également rénové le magnifique château de Renaissance de Montal, près de Saint-Céré. Lorsque Fenaille est décédé en 1937, la famille a vendu le château à une jeune femme de Paris nommée Jeanne Loviton qui cherchait “un petit endroit à la campagne”. Elle l’a vu au clair de la lune, l’a adoré et l’a acheté.

Jeanne Loviton

Friends on the terrace Aug 19411939 – 1985

La famille Fenaille s’est rarement rendue à Béduer et en 1939 elle a vendu le château à une jeune écrivaine, Jeanne Loviton, plus connue sous son nom de plume Jean Voilier. Jeanne Loviton est née en 1903 d’une actrice célibataire, mais de ces humbles origines, elle est devenue une avocate qualifiée, une écrivaine et éditrice, ainsi que l’une des courtisanes des temps modernes ayant le mieux réussi. Elle a laissé dans son sillage de nombreuses personnalités littéraires importantes de la période d’avant la Seconde Guerre mondiale, y compris Saint-John Perse et Jean Giraudoux, et a commencé une longue relation avec la féministe Yvonne Dornès.
Pendant un moment durant la guerre, Jeanne a   loué le château à la famille de banquiers juifs David-Weill, propriétaires de Lazard Frères, qui avaient pris la précaution de changer leur nom et de se convertir au catholicisme. Le prêtre du village, un sympathisant nazi connu, enseignait le latin au jeune Michel David-Weill. Nous savons toutefois que les Seigneurs René Bousquet et Fernand de Brinon étaient aussi des visiteurs.

Après des réunions clandestines de haut niveau à Vichy et des fonds secrets fournis par le maréchal Pétain, les archives françaises du film ont été transportées au château pour assurer leur garde en 1941 et cachées dans l’oubliette sous la chapelle jusqu’à ce qu’elles soient rapatriées à Paris 1946. Elles ont été cataloguées par une réfugiée juive Allemande, Lotte Eisner, vivant sous une fausse identité. Elle a échappé de justesse à la capture et la déportation vers l’Allemagne en 1944.

Jeanne a vendu le château aux propriétaires actuels en 1985.

Jeanne et Paul Valéry

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Suprême parmi toutes ses liaisons, Jeanne est devenue l’amour et l’inspiration du grand poète et intellectuel Paul Valéry. Au cours de leur histoire de 1937 à 1945 Paul lui a consacré plus de 150 poèmes d’amour et lui a écrit plus de 1000 lettres d’amour.

Leur liaison a pris fin en 1945, lorsque Jeanne dit à Paul qu’elle a prévu d’en épouser un autre. Il est mort deux mois plus tard d’un cœur brisé. Leur romance, et sa fin tragique, a fait l’objet de notre court-métrage « Le Poète à Béduer » présenté lors du Festival de Cannes 2014.

En 2008, les Editions de Fallois ont publié les poèmes de Paul à Jeanne sous le titre « Corona et Coronilla » et la biographie de Jeanne « Portrait d’une femme romanesque : Jean Voilier» par Célia Bertin. Les lettres d’amour de Paul à Jeanne ont finalement été publiées par Gallimard en 2014 sous le titre : Lettres à Jean Voilier 1937- 1945.